FRAGILE

La fragilité au cœur de la matière.

 

 

Quand la fragilité de l’ardoise rejoint la légèreté des pigments…

 

 

 

En son cœur git la force du minéral mais l’ardoise est aussi habitée de fragilité. Couches d’argile entreposées là et laissées aux mouvements du temps qui se nichent dans les profondeurs de la terre. Abandonnées aux plissements formés au long des siècles, renaissant au soleil, elles viennent s’effeuiller sous nos doigts. Failles, strates de feuilles délicates, se laissant emporter sur le toit de nos vies.

Contemplation.

 

 

Tailler l’ardoise requiert présence et attention. Elle paraît dure mais se brise sans mesure si on n’y prend pas garde. Elle se déchire souvent et montre sa vulnérabilité de pierre !

Agilité des doigts qui coupent dans la surface de lumière noire. Un coup trop loin, l’ardoise se casse. Métaphore de la vie, belle image de nos chemins, vigilance et regard sur nos fragiles pas à pas du quotidien.

Présence.

 

 

Une sensualité sublime s’exprime sous la caresse de sa peau ridée.

Pigment d’or, poudres terre et rouge, poussières bleues des ciels, déposés sur ces ondes formées par la stratification, quelques blessures tangibles rappel du chemin parcouru.

Fragilité de l’instant de création quand l’œuvre se meut et nous émeut. Légèreté qui d’un souffle vient se poser sur la surface noire irisée de lumière… Et ces quelques traces de Pyrite de fer qui laissent au temps de quoi continuer son ouvrage.

Partage.

 

 

Ici le mouvement interne à l’œuvre, là le mouvement au loin du regard. Accueil sensible et tranquille entre les deux. L’autre se laisse entraîner dans les sillons, les fêlures, les cassures, les cicatrices et se réconcilie avec sa propre faiblesse. Un accord harmonieux les accompagne. L’homme et l'invisible se rejoignent.

Les pigments sur l’ardoise changent au gré des déplacements du regard, se voilent d’opacité sourde ou s’adonnent à la lumière d’or. Toujours dans la nuance ; rechercher ce mouvement au sein même du minéral.  

Complétude.

 

Florence Lespingal, octobre 2012